Il était une fois, ainsi commence ce récit. Il parle d'un ton posé d'événements immenses et retentissants. Le ciel bleu délavé et l'odeur des pavés humide ne nous y tromperont pas, c'est bien le printemps. Calme ; seuls les cris métalliques des tramways ponctuent les bords de la Vltava, tracent les berges et les multiples ponts qui se perdent à l'horizon.
Une foule grouille à la porte, elle se dirige vers le coeur de le ville, elle prend d'assaut le Château. Pragues au printemps.
Ce texte est une fable, un récit onirique. Un arbre pousse au milieu de la rue, une façade noire brille d'éclats d'or, un homme sans tête nous regarde (hommage à Kafka). Le rue est vide et seul respire le bruit du vent dans les fleurs.
Quelques pas plus loin, la cohue est de retour. Elle gronde, parle d'autres langues, certaines connues d'autres moins. L'Horloge est un point central de ce mouvement : ici le temps semble figer les regards. D'autres époques transparaissent en filigrane.
Le veine Vltava traversée, la colline se dessine jusqu'au Château. Un écrin de verdure pour un roc magistral, dressé avec fierté, dominant le flot continu du temps qui coule. L'Horloge parait bien loin, semble trop arithmétique, perd tout intérêt. A travers cette fenêtre, mon regard a plusieurs siècles. Ici les gargouilles entament un conte dont nous sommes les témoins silencieux. Ne vous arrêtez pas à leurs allures macabres, leur chant respire la sagesse. Elles murmurent que la gloire d'hier est la richesse d'aujourd'hui mais également les regrets de demain. Rêver du passé c'est rejeter son présent et craindre son futur.
Prague veut garder ce visage immortel, amnésie d'un passé trop proche au profit du précédent. Le printemps du renouveau, cette ville l'attendait. Mais le printemps reste toujours un recommencement que ponctue l'hiver.
Le temps n'avance pas, il tourne, il danse la ronde des espoirs et chante son désespoir.
[par Julien Desgoutte]
[ 08/06/2007 ] |