Un rythme plane dans l'air, des ruelles aux avenues, occupant les sens à tout instant. Un rythme soutenu, loin de l'insousiance attribuée généralement aux villes du Sud : nous sommes dans une capitale, et les gens marchent aussi vite qu'ils parlent. L'histoire se rappelle à nous dans chaque coin de rue, par une accumulation de marbre et de scultpures proche de l'indécence. Du Collisé à la place de Venise, à travers le Forum galloromain, le spectacle est continu et gigantesque, dans une démesure toute italienne. La blancheur des batiments éclaire un peu notre ciel gris et pluvieux de ce mois de novembre. Loin du soleil et des senteurs d'oliviers, nous découvrons Rome sur les pavés mouillés : pas vraiment la Dolcevita, plutôt un quotidien ordinaire et classique, métro bondé, scooters pressés et ruelles désertées. La vie suit son cours et nous prenons le temps de lever les yeux, d'observer. Les sujets de contemplation ne manquent pas.
Alors que le XXIème siècle ouvre ses portes, la ville semble inaltérable, voir anachronique, continuellement en retard sur le train de la modernité. Entre les vestiges authentiques, certifiés galloromain, et leurs pastiches démesurés du XIXème, la ville est un musée à ciel ouvert. Mais lorsque l'on sort des circuits touristiques pour découvrir la ville vivante, actuelle, des quartiers populaires, on se retrouve dans les années 50/60, au milieu d'immeubles défraichis aux teintes rouges et ocres, décors photogéniques sans le vouloir, où Fiat 500 et Vespa ponctus les ruelles étroites.
Rome sacrifirait-elle la modernité sur l'autel de l'éternité ? Ou bien Rome se sent-elle si dépassée qu'elle ne mise que sur ses gloires d'antan pour exister ? De César à Pasolini, Rome a un visage, mais qui dessinera l'avenir ?
Nous rapportons de Rome des photos aussi intemporels que la ville elle même, mais très plaisantes comme le fut ce séjour. La ville ne déçoit pas l'image caricaturale que l'on se fait d'elle : les vespa et les calèches sont au rendez-vous, deux petit-vieux se disputent au pied du ruelle de pavés mouillés, et les pizzas sentent bon l'origan et l'huile d'olive.
[par Julien Desgoutte]
[ 06/02/2005 ] |